Qui sommes-nous?

Dans mon travail le support visuel, comme les pictogrammes est essentiel.

Le Pictogenda est beaucoup utilisé aux Pays Bas par des parents, des professionnels et des proches en lien avec une personne en handicap. L’agenda avec des pictogrammes est utilisé comme moyen de communication, pour faciliter l’échange avec l’autre à propos de la vie quotidienne, mais aussi comme emploi du temps, comme planificateur pour améliorer la compréhension temporelle et pour stimuler l’autonomie d’une personne en handicap.

 

Baukje van Mens Orthophoniste

Je suis Mme Baukje van Mens, une orthophoniste qui travaille depuis 2005  en France. Pendant 15 ans je travaillais comme orthophoniste aux Pays Bas. Dans mon métier je travaille avec des enfants et adultes ayant un trouble de la communication ou de l’apprentissage sévère, modéré ou léger comme :

Les handicaps physiques souvent accompagnés de troubles d’apprentissage
Trouble d’apprentissage
Troubles autistiques (TED)
Troubles du langage et/ou de la parole
Troubles de mémoires (avec des personnes âgées)

L’utilisation des pictogrammes a de nombreux avantages.

En offrant un autre mode d’expression, on note une amélioration de la compréhension. Les pictogrammes sont motivants et attrayants et peuvent être utilisés seuls. Pour les personnes avec un trouble autistique, on observe une amélioration de la communication parce que les pictogrammes fonctionnent souvent comme intermédiaire.

Dans mon travail en France, j’ai commencé à travailler de la même façon qu’aux Pays Bas, avec des supports visuels comme les pictogrammes. En France ce n’est pas encore aussi développé qu’aux Pays Bas. J’ai beaucoup cherché mais un système simple comme un agenda avec des pictogrammes n’existait pas. Les équipes dans les institutions où je travaille sont très enthousiastes. Quand je leur montre l’agenda, la question se pose : pourquoi n’existe-il pas un pictogenda en français ?

Et voilà !

Un grand merci à tous ceux qui m’ont aidé avec la traduction


Un peu d'histoire


Le Pictogenda permet de mener une vie plus ‘normale’

Entretien – Martina Tittse-Linsen

Par Tanja Lemmens

MartinaMartina Tittse-Linsen – spécialiste de la logopédie – est naturellement fière du nouveau Pictogenda. Son projet s’est finalement concrétisé. Le premier journal ‘avec images’ avait vu le jour en 1988. Martina avait décidé d’élaborer un journal pour l’un de ses clients mentalement handicapé, dans lequel elle avait dessiné des symboles pour représenter les événements importants. Cette idée eut beaucoup de succès, et bientôt des piles entières durent être imprimées pour ses autres clients et ceux de ses collègues.

Mais c’est seulement en 1997 qu’une édition du journal fut imprimée. Martina est satisfaite lorsqu’elle repense à sa coopération avec une maison d’édition professionnelle: ‘Chaque année nous pouvons répondre à plus de besoins de nos utilisateurs du Pictogenda (et de plus en plus de gens commencent à l’utiliser, même à l’étranger). Le Pictogenda s’améliore un peu chaque année.
“Une conversation sur l’histoire et l’origine du Pictogenda, et ses répercussions sur la vie de ses utilisateurs.

La notion du temps qui passe

Après avoir achevé sa formation en tant que pathologiste du langage, Martina a choisi de travailler avec des gens handicapés mentaux.
Elle a commencé à travailler dans ce qui est maintenant la Fondation ‘De Driestroom’ à Elst (une province de Gelderland aux Pays-Bas). Dans l’un des centres d’accueil de jour, elle s’est particulièrement investie avec l’un de ses clients: Jan.
Jan, un fils d’agriculteur, avait à cette époque presque quarante ans et vivait avec ses parents. Il passait ses journées dans un centre d’activités et d’accueil temporaire. Martina voyait Jan une fois par semaine pour des séances d’orthophonie: ‘Jan était un homme plutôt sympathique. Il faisait partie d’une grande famille avec toutes sortes d’activités sociales qu’il appréciait beaucoup. Il était très disposé à parler de sa vie, mais en pratique c’était impossible. A cause de sa dysarthrie, un défaut neurologique du langage, il était très difficile de le comprendre. Il ne pouvait pas non plus lire ni écrire. Cela l’aidait énormément quand je pouvais lui faire visualiser les choses.’
Il était capable de se souvenir d’événements d’après mes dessins. De même, il était plus facile de comprendre ce qu’il disait lorsqu’il pouvait me montrer les choses dont il parlait. Cela le rendait très enthousiaste!’
En utilisant les dessins de Martina, Jan pouvait également parler de son rendez-vous avec elle quand il rentrait chez lui. Il a même compris les buts de la thérapie lorsqu’elle les lui a fait visualiser. En parlant avec Jan, Martina s’est rendue compte qu’il n’avait quasiment aucune notion du temps. Cela lui posait problème dans sa communication et dans l’organisation de sa vie quotidienne. Pour elle, cela devint le moteur dans sa recherche d’un moyen qui lui permettrait de faire comprendre à ses clients le concept temporel.

Prototype

histoire

Elle continua à réfléchir à ce problème. Quand, lors d’un sermon ennuyeux à l’église un dimanche, elle se mit à penser à son travail, elle eut l’idée de créer un journal spécialement pour lui, en laissant de la place pour des dessins et des symboles. Quelques jours plus tard, elle accompagna Jan à la papeterie et le laissa se choisir un grand journal. Avec un stagiaire, elle commença à en faire un outil utile. D’abord elle fit des dessins symboliques pour les jours de la semaine, par exemple la mer pour représenter le mercredi. Elle nota aussi toutes les vacances et les mois en utilisant des symboles similaires : un sapin de Noël pour décembre par exemple. Ensuite elle trouva ou créa des pictogrammes pour les activités régulières de Jan. Tous ces icônes furent aussi copiés sur une feuille de papier. Ainsi Jan et sa mère, mais aussi le responsable du groupe pouvaient comprendre le planning de Jan. Le journal fonctionna si bien pour Jan que Martina décida d’en faire un autre toute seule.
Elle utilisa un crayon et une règle pour établir un emploi du temps hebdomadaire, en laissant un espace suffisant pour insérer des icônes ou dessiner quelque chose qui permette d’identifier un événement spécifique. Ensuite elle copia cet emploi du temps 52 fois, ajouta des pages supplémentaires pour les détails personnels et les adresses et le fit relier. Ce journal devint le prototype du Pictogenda actuel.

‘Quelle pointure faites-vous?’

Depuis ce temps-là, Martina Tittse est passée des soins pour adultes aux soins pour enfants dans le même établissement. Son ‘journal à images’ fait partie intégrale des programmes de soins pour enfants et des écoles d’éducation spécialisée. Martina: ‘Pour les enfants, cela n’est pas seulement un outil à utiliser dans leur quotidien, mais aussi un instrument qui les aide à communiquer avec leurs parents et tous ceux qui s’occupent d’eux.’
Selon Martina, l’un des avantages principaux du Pictogenda est qu’il favorise le développement de la communication chez l’utilisateur: ‘Il y a des enfants, par exemple – et des adultes – qui veulent établir un contact verbal, mais qui ne comprennent pas ce qui se dit ou même ce qu’ils souhaitent dire eux-mêmes. Leur cerveau trouve difficile de traiter l’information dont ils ont besoin. On voit cela, entre autres, chez les clients qui ont des défauts d’élocution neurologiques. L’une des personnes que j’ai traitées commençait presque toujours une conversation avec l’une des deux remarques suivantes: ‘Avez-vous vu un accident?’ ou ‘Quelle pointure faites-vous?’
Lorsque le journal est mis à jour régulièrement – pas seulement par son possesseur mais par tous ceux qui se trouvent dans son environnement immédiat – l’usager peut faire référence aux images pour l’aider à parler de ce qui s’est passé ou va se passer. Cela lui procure un sujet de conversation. La meilleure chose est que la plupart des utilisateurs du Pictogenda arriveront, avec du temps et une pratique régulière, à accéder aux informations dans leur cerveau. Cela leur permet de dire quelque chose qui a du sens, même sans utiliser les pictogrammes. Cela est, bien sûr, un résultat fantastique!’

De vastes résultats
Cette amélioration de leur capacité à communiquer, tout comme leur meilleure conscience du temps qui passe, exerce une influence positive sur le fonctionnement général de l’utilisateur du Pictogenda.
Martina: ‘ En fournissant une meilleure vue d’ensemble de l’organisation quotidienne et hebdomadaire, les utilisateurs du journal vont pouvoir participer plus activement à tout un éventail d’activités. Ils en tirent profit, parce que cela a toujours un effet positif sur leur développement.’
Le Pictogenda encourage aussi l’indépendance et l’autonomie de l’usager. Ces usagers – que ce soit des gens avec un handicap intellectuel ou avec une difficulté d’élocution, des malentendants ou des personnes âgées qui ont perdu la notion du temps – ont ainsi une influence plus significative sur leur propre vie.
Martina: ‘Et cela réussit toujours aux gens. Cela a un effet favorable sur tout leur organisme.’

Du format photocopié au ‘vrai’ Pictogenda

Pendant quelques années, Martina créa un nouveau journal à images avec ses collègues chaque année, et le fit photocopier. Le nombre d’exemplaires continua d’augmenter.
Pendant cette période, Gert Daggers était devenu le directeur de De Driestroom. Il était enthousiasmé par les possibilités et les effets du journal à images. Il était prêt à investir de l’argent dans le but de le développer. Martina: ‘Chez De Driestroom, l’opinion est que les personnes handicapées devraient pouvoir mener une vie aussi normale que possible. On aide toujours le client à apprendre de quelle façon il peut utiliser ses capacités au mieux.’
Gert Daggers voyait le journal comme le parfait outil pour réaliser cette vision à De Driestroom. Il le voyait aussi comme un moyen d’exprimer cette vision à l’extérieur. Il souhaitait donc également distribuer le journal à plus grande échelle. Cela nécessitait évidemment un modèle plus professionnel.
Il fit appel à un graphiste. Ensemble ils travaillèrent à l’amélioration du contenu et de la forme. Des pictogrammes furent ajoutés et perfectionnés. La répartition journalière dans le Pictogenda est illustrée en utilisant des pictogrammes spécifiques: chaque jour commence avec une image d’une personne qui se réveille; les repas sont représentés par une assiette et des couverts, et à la fin de la journée on trouve une image d’une personne allongée dans son lit. A la fin du journal, tous les pictogrammes sont aussi ajoutés sur des feuilles autocollantes.
Le journal reçut également le nom qu’il devait garder: le Pictogenda. Le mot Pictogenda vient d’une association entre les deux mots hollandais pour dire ‘pictogramme’ et ‘journal’. Fin 1995, on imprima 750 exemplaires, tous rapidement achetés par les intéressés hollandais et flamands. Le Pictogenda eut bientôt trop de succès pour les capacités logistiques de De Driestroom. Daggers chercha donc un éditeur professionnel. Depuis 2013 le Pictogenda est aussi disponible dans les pays anglophones et francophones.

La réponse aux demandes des utilisateurs
Martina est ravie de voir que des dizaines de milliers de personnes tirent profit de son idée. Elle est aussi très enthousiaste à propos de toutes les améliorations apportées au Pictogenda récemment, qui est devenu encore plus complet, plus utile et plus attrayant. Martina: ‘Les gens nous demandaient constamment s’ils pouvaient commander des autocollants supplémentaires. C’est pourquoi l’éditeur vend des autocollants imprimés et non imprimés (pictogenda.fr/boutique). On peut maintenant également télécharger les pictogrammes sur www.pictoselector.eu.
Cela permet aux utilisateurs du Pictogenda d’imprimer les pictogrammes selon leurs besoins individuels, par exemple pour les utiliser sur des tableaux de programme quotidien ou pour imprimer des autocollants au calme chez eux.
Suite à un déluge de demandes, le journal est maintenant vendu sous forme de classeur cartonné. La couverture en vinyle est robuste et facile à nettoyer. Il vient aussi avec un porte-crayon, un marque-page et une boîte de rangement. ‘Cela rend l’utilisation du Pictogenda encore plus flexible et évite les détériorations. Après tout, les Pictogendas sont utilisés de façon intensive. Les gens n’utilisent pas seulement les autocollants Pictogenda, mais aussi des dessins, des coupures, des photos ou leurs propres symboles pour recueillir des informations sur leur quotidien’, sourit Martina. ‘Jan travaille maintenant comme artiste dans l’atelier Matisse, un centre d’accueil journalier géré par De Driestroom. Il expose et vend ses oeuvres, mais il dit qu’il passe toute la journée à dessiner. Après tout c’est avec des dessins que l’histoire du Pictogenda a commencé. Ainsi la boucle est bouclée.’